Flagelle dans le vide
Choanoflagellés & spongiaires

Flagelle dans le vide

Vous êtes suspendu dans un vide pélagique d'un bleu-noir absolu, un milieu qui n'est ni eau ni air mais quelque chose de troisième — visqueux, résistant, saturé du tremblement thermique invisible des molécules qui vous pressent de toutes parts avec la douceur froide de la glycérine. La présence qui domine votre monde est le flagelle : un fouet sinueux de vingt microns, enroulé en S hélicoïdal à travers presque tout votre champ visuel, son axe pas plus épais qu'un fil de soie d'araignée mais rendu lumineux par la lueur bleue-verte qui filtre de quelque part au-dessus, et derrière lui, fantômée dans le milieu sombre comme une mémoire structurale, une traîne argentée témoigne de la vague sinusoïdale qui vient de traverser sa longueur une fraction de seconde plus tôt. Le corps cellulaire lui-même — une gouttelette presque incolore de sept microns à peine — révèle à travers sa membrane translucide un noyau pâle comme une lune brumeuse, flanqué de deux vacuoles alimentaires opaques dont chacune emprisonne encore la silhouette comprimée d'une bactérie à demi digérée, tandis que la collerette de trente-cinq microvillosités encercle la base du flagelle comme une cage quasi invisible, fracturant la lumière descendante en couronnes d'interférences irisées d'or froid et d'aquamarine. À l'arrière-plan, une douzaine de bactéries en bâtonnet dérivent dans le champ profond, tremblant sur place sous l'agitation brownienne, se dissolvant en bokeh dans le gradient de bleu profond qui, à dix microns de votre visage dans chaque direction, se referme en noir absolu.

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