Au cœur de la chambre vivante
Choanoflagellés & spongiaires

Au cœur de la chambre vivante

Suspendu au centre exact de cette sphère vivante d'une quarantaine de micromètres de diamètre, le regard embrasse en un seul coup d'œil la totalité d'une chambre choanocytaire de l'éponge — une pièce close dont chaque paroi est tapissée sans interruption de cellules choanocytes debout, chacune couronnée d'un collet de microvillosités cristallines d'où émerge un flagelle unique qui bat en rythme décalé avec ses voisins, insufflant à l'ensemble une ondulation continue et organique semblable à un champ d'anémones bercées par un courant imperceptible. Deux pores prosopyles, sombres et circulaires, percent la paroi ambrée à deux-o'clock et huit-o'clock, livrant passage à de fins filets d'eau chargés de bactéries fantômes, tandis que devant soi s'ouvre en grand l'apopyle, l'arche de sortie dont le bord cytoplasmatique effiloché donne sur le réseau canalaire au-delà. La lumière qui enveloppe cet espace n'a pas de source directe : elle est biologique, filtrée à travers plusieurs micromètres de membrane et de matrice extracellulaire avant d'arriver ici comme une lueur ambre sans ombre ni direction, traversée de reflets prismatiques que découpent les flagelles en mouvement. Dans la couche de mésohyle visible derrière la paroi cellulaire, un treillis de fibres collagéniques dorées retient des archéocytes amiboïdes qui dérivent avec la lenteur du verre en fusion, portant en eux la mémoire évolutive du pont entre la cellule solitaire et le premier animal multicellulaire.

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