Rideau de la Grande Muraille
Superamas

Rideau de la Grande Muraille

Depuis ce poste d'observation suspendu dans le vide intergalactique, une muraille de lumière s'étire à l'infini dans les deux directions de l'horizon, emplissant soixante degrés de ciel d'un rideau lumineux qui ne s'incurve jamais, ne s'interrompt jamais, ne laisse entrevoir aucun bord — un plan vertical de feu galactique montant des profondeurs et se perdant dans le noir absolu au-dessus. Sa texture révèle une architecture colossale : des nœuds ambre et or, chacun un amas de galaxies contenant des centaines d'elliptiques rouges baignées dans un plasma à cent millions de degrés, sont reliés par des voiles bleu-blanc de régions spirales plus jeunes, ce milieu intergalactique chaud et tiède émettant une brume aquamarine d'hydrogène partiellement ionisé. De brusques fenêtres noires trouent la surface de ce rideau cosmique — des vides perçant le plan de part en part, leurs bords soulignés d'une légère surraisance de galaxies avant de plonger dans une obscurité d'une densité presque matérielle. Au premier plan, de ténues filaments de gaz WHIM dérivent comme des cirrus interstellaires, teintés de rose-violet là où le rayonnement ultraviolet des cœurs de clusters ionise leurs lisières. L'ensemble de la scène est éclairé uniquement par sa propre lumière, une luminescence sans source ni direction qui confère à l'espace lui-même la qualité d'un climat, la chaleur cuivrée des nœuds proches cédant graduellement au bleu-noir glacial du vide sur des centaines de millions d'années-lumière de profondeur.

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